Est-ce la mode qui fait la femme ou la femme qui fait la mode ?
L’intermédiaire, c’est le photographe. Sa position sur la question fera invariablement varier la façon dont il appréhende la femme, la mode, mais aussi et surtout la photographie.
Pour Peter Lindbergh, le sujet de ses photographies, c’est la
femme. Linda Evangelista, Florentine Pabst, Isabella Rosselini, Naomi
Campbell, Marie Sophie Wilson et bien d’autres partagent ce point
de vue.
Durant ses séances photographiques il cherche à faire
paraître une émotion qui se veut être forte, vraie
: « Lorsqu’on fait une photo, l’émotion
arrive seulement à la fin. C’est à ce moment là
que l’on peut ajouter des émotions et le feeling. Avant
on ne donne que la structure. Le résultat peut être très
moche ou très beau selon la présence ou l’absence
d’émotion. Mais on ne peut décider à l’avance
comment cela va se produire, ça se produit pendant qu’on
prend la photo. C’est pour ça que je considère l’atmosphère
d’un shooting comme la chose la plus importante. »
(Peter Lindbergh).
Une partie du travail repose sur la mise en scène, l’autre
s’appuie essentiellement sur la femme et ce qu’elle va exprimer.
L’atmosphère que Peter Lindbergh recherche ou crée
est ce qui va déterminer le résultat de la photographie.
Ses lieux de prédilection sont par exemple : les usines qu’elles
soient désaffectées ou non, les ciels chargés de
nuages, les plages de sable balayées par le vent, les ponts en
acier, la rue animée par la population. Il aime les lieux qui
dégagent une force, qui ont un passé, une présence,
une vie. La vie est faite d’incertitudes tout comme ses séances
photographiques.
Il cherche la magie d’une atmosphère. C’est une recherche
du vrai avec la volonté de changer la façon de faire des
photographies de mode, lui : « la photo de mode doit évoluer.
Dans mon travail, j’ai toujours essayé d’encourager
les gens à être plus naturels que ce que l’industrie
de la mode et de la beauté attend de nous. Tellement de «
styles » ont été inventés et réinventés.
L’inspiration de la plupart des images d’aujourd’hui
vient du passé, d’images déjà existantes.
Mon sentiment est que l’originalité doit remplacer la ré-interprétation.
On devrait se demander : « qu’est ce que je veux dire ?…
» Je pense que nous avons besoin de plus de clairvoyance sur tout
ce qui se passe autour de nous. L’intégrité et l’ouverture
d’esprit sont aussi très importants. Cela devrait être
la base d’un nouveau genre de photo de mode »(Peter
Lindbergh).
Durant les séances de « shooting » il aime mettre
une musique très forte afin de créer une intimité
avec le modèle. D’ailleurs les modèles avec lesquels
il travaille ne sont pas choisis selon un standard de beauté
: un front large, un nez long, des joues saillantes, des corps imparfaits
qui sont autant d’expressions qui se révèlent sur
une photographie. Par exemple pour Marie Claire il fut le premier à
choisir des femmes qui ne correspondent pas au standard photographique.
Il a pris des modèles petits, aux visages « imparfaits
».
Quand il fait des portraits, il cadre très près et ne
recoupe jamais au moment du tirage. Un jour au Mexique, il a photographié
une femme de 83 ans, et pour lui la commissure de sa lèvre représente,
les montagnes, le Népal. Que de voyages et de poésies
à travers un portrait.
Ce que je trouve finalement intéressant dans le travail de Peter
Lindbergh, c’est que la mode devient un accessoire que porte la
femme à travers la photographie. La notion de la beauté
même est reportée sur la notion d’émotion
; il n’y a pas de beauté sans émotion.
Seule la réflexion et la création, notions à la
fois abstraites et concrètes nous plonge dans un univers qui
nous touche le temps d’une photographie : « Je trouve
que la plus belle chose dans la photographie c’est que tout commence
par une pensée, et c’est ce moment où cette pensée
devient un tout petit peu plus concrète, lorsqu’on se demande
comment on peut la réaliser. Finalement, une photo existe sur
un papier…Ce sont des petits nuages qui sont devenus des images.
Ca c’est la chose qui est très belle. C’est le processus
de création. Et tout commence avec rien, un grain dans le cerveau.
C’est très beau. »(Peter Lindbergh).
Références :