Espace Méditerranéen de la Culture Photographique

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Publié le : 31 déc 2002

La photographie de mode selon Peter LINDBERGH

La mode nous touche de façon quotidienne par la projection d’une façon de s’habiller, de se montrer, de se comporter, de s’entretenir, de vivre, de se transformer…elle nous dicte notre façon d’être ou plutôt de paraître…Femmes filiformes, allongées, lisses, plates, que l’on ne distingue plus tellement elles se ressemblent. Elles se bousculent et se succèdent dans les magazines de mode.
Est-ce la mode qui fait la femme ou la femme qui fait la mode ?
L’intermédiaire, c’est le photographe. Sa position sur la question fera invariablement varier la façon dont il appréhende la femme, la mode, mais aussi et surtout la photographie.

Pour Peter Lindbergh, le sujet de ses photographies, c’est la femme. Linda Evangelista, Florentine Pabst, Isabella Rosselini, Naomi Campbell, Marie Sophie Wilson et bien d’autres partagent ce point de vue.
Durant ses séances photographiques il cherche à faire paraître une émotion qui se veut être forte, vraie : « Lorsqu’on fait une photo, l’émotion arrive seulement à la fin. C’est à ce moment là que l’on peut ajouter des émotions et le feeling. Avant on ne donne que la structure. Le résultat peut être très moche ou très beau selon la présence ou l’absence d’émotion. Mais on ne peut décider à l’avance comment cela va se produire, ça se produit pendant qu’on prend la photo. C’est pour ça que je considère l’atmosphère d’un shooting comme la chose la plus importante. » (Peter Lindbergh).
Une partie du travail repose sur la mise en scène, l’autre s’appuie essentiellement sur la femme et ce qu’elle va exprimer. L’atmosphère que Peter Lindbergh recherche ou crée est ce qui va déterminer le résultat de la photographie. Ses lieux de prédilection sont par exemple : les usines qu’elles soient désaffectées ou non, les ciels chargés de nuages, les plages de sable balayées par le vent, les ponts en acier, la rue animée par la population. Il aime les lieux qui dégagent une force, qui ont un passé, une présence, une vie. La vie est faite d’incertitudes tout comme ses séances photographiques.
Il cherche la magie d’une atmosphère. C’est une recherche du vrai avec la volonté de changer la façon de faire des photographies de mode, lui : « la photo de mode doit évoluer. Dans mon travail, j’ai toujours essayé d’encourager les gens à être plus naturels que ce que l’industrie de la mode et de la beauté attend de nous. Tellement de « styles » ont été inventés et réinventés. L’inspiration de la plupart des images d’aujourd’hui vient du passé, d’images déjà existantes. Mon sentiment est que l’originalité doit remplacer la ré-interprétation. On devrait se demander : « qu’est ce que je veux dire ?… » Je pense que nous avons besoin de plus de clairvoyance sur tout ce qui se passe autour de nous. L’intégrité et l’ouverture d’esprit sont aussi très importants. Cela devrait être la base d’un nouveau genre de photo de mode »(Peter Lindbergh).
Durant les séances de « shooting » il aime mettre une musique très forte afin de créer une intimité avec le modèle. D’ailleurs les modèles avec lesquels il travaille ne sont pas choisis selon un standard de beauté : un front large, un nez long, des joues saillantes, des corps imparfaits qui sont autant d’expressions qui se révèlent sur une photographie. Par exemple pour Marie Claire il fut le premier à choisir des femmes qui ne correspondent pas au standard photographique. Il a pris des modèles petits, aux visages « imparfaits ».
Quand il fait des portraits, il cadre très près et ne recoupe jamais au moment du tirage. Un jour au Mexique, il a photographié une femme de 83 ans, et pour lui la commissure de sa lèvre représente, les montagnes, le Népal. Que de voyages et de poésies à travers un portrait.

Ce que je trouve finalement intéressant dans le travail de Peter Lindbergh, c’est que la mode devient un accessoire que porte la femme à travers la photographie. La notion de la beauté même est reportée sur la notion d’émotion ; il n’y a pas de beauté sans émotion.
Seule la réflexion et la création, notions à la fois abstraites et concrètes nous plonge dans un univers qui nous touche le temps d’une photographie : « Je trouve que la plus belle chose dans la photographie c’est que tout commence par une pensée, et c’est ce moment où cette pensée devient un tout petit peu plus concrète, lorsqu’on se demande comment on peut la réaliser. Finalement, une photo existe sur un papier…Ce sont des petits nuages qui sont devenus des images. Ca c’est la chose qui est très belle. C’est le processus de création. Et tout commence avec rien, un grain dans le cerveau. C’est très beau. »(Peter Lindbergh).

Références :

  • Jean Michel Vecchiet (1999), Peter Lindbergh Un portrait, film
    proposé par Anne Igou et Pierre-Paul Puljiz Naïve, co-production Mona Lisa Films - Eva 1 communication - Paris Première - J.M. Vecchiet - A. Igou.
  • Le site officiel de Peter Lindbergh : http://www.peterlindbergh.net/
  • Un site perso ,qui propose une interview et quelques illustrations : yangabin

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